Autant de questions qui se posent avec acuité et qui méritent de faire l’objet de préoccupations intellectuelles et politiques.
Je dirais d’emblée que le numérique, particulièrement dans le champ de l’art, peut servir à mettre en lumière des activités culturelles en présentiel mais ne peut aucunement les remplacer. Par exemple, en passant d’abord par Internet, une création artistique peut être privatisée et valorisée ensuite en présentiel via notamment l’organisation de concerts, d’expositions, etc. C’est-à-dire, les diffusions numériques gratuites servent généralement à amorcer l’attention des auditeurs potentiels ; il s’agit d’une forme de gratuité qui coûte. Néanmoins, dans une situation inédite estompant toute complémentarité entre le digital et le présentiel, il serait judicieux de penser à une forme hybride liant gratuité à des approches lucratives dans la sphère numérique.
En outre, le numérique évoque une logique de gratuité qui s’instille dans les pratiques et s’ancre davantage dans les mentalités. Sous le coup du slogan « une culture pour tous », la connaissance mais aussi les œuvres d’art et toute expression culturelle et artistique doivent être accessibles à tous sans entraves plutôt que de rester cantonnées à une élite. Dans ce cas, « fait-on de l’art que si l’on n’a pas besoin d’en vivre », pour reprendre la fameuse expression du poète Alfred de Vigny dans Chatterton ! À cet égard, laissons à part les simplifications péremptoires et privilégions des réflexions responsables et profondes.
In fine, il faudrait penser dorénavant à des projets de relance concrets ainsi qu’à des actions mieux coordonnées entre les multiples échelons territoriaux en vue de soutenir au mieux les différents acteurs culturels.
Par Habiba El Mazouni, Consultante en politiques publiques. Doctorante en sciences politiques et sociales. Co-fondatrice de la plateforme AnalyZ