Par Zakaria Berala
L'adolescent, coupable ou victime ?
Face à cette montée de violence, une question fondamentale émerge : comment une génération entière a-t-elle glissé dans cette spirale apparemment inexorable ? La série britannique "Adolescence", actuellement en vogue sur Netflix, offre peut-être l'illustration la plus saisissante de cette réalité troublante. À travers le personnage de Jimmy Miller, 13 ans, qui commet un meurtre dans son établissement scolaire, elle soulève une interrogation essentielle : l'adolescent est-il intrinsèquement violent ou victime d'un système social défaillant qui le pousse vers les extrêmes ?
Un écosystème numérique toxique
L'analyse de ce phénomène révèle une constellation de facteurs interdépendants. Au premier rang figure l'influence délétère d'Internet et des réseaux sociaux qui envahissent l'esprit des jeunes sans garde-fous. Ces plateformes sont devenues de véritables laboratoires où se développent violence symbolique et physique. La conscience de l'adolescent s'y forme au contact de discours prônant une masculinité toxique et des messages haineux qui nourrissent ses pulsions agressives.
En Occident, des personnalités comme Andrew Tate sont devenues des références pour toute une génération, malgré la promotion d'une culture masculine extrême glorifiant la violence et dégradant l'image de la femme. Sur la scène locale, des modèles similaires captivent l'attention des adolescents, contribuant à l'érosion progressive des valeurs traditionnelles et des repères éducatifs.
Ces idéologies nocives trouvent un terrain fertile chez des adolescents en quête d'identité dans un monde qui ne leur offre pas suffisamment d'espaces d'expression et d'épanouissement.
Une crise multidimensionnelle
Toutefois, réduire cette problématique aux seules influences numériques serait une simplification excessive. La désagrégation progressive des structures familiales, l'affaiblissement des institutions éducatives, les pressions économiques croissantes et la diffusion sans précédent de substances psychoactives parmi les adolescents constituent un ensemble de facteurs qui, combinés, créent un environnement propice à l'éclosion de comportements violents.
Plus inquiétant encore, cette violence a franchi les frontières de l'école et de la rue pour s'immiscer au cœur même des foyers. Des cas où des adolescents s'en prennent à leurs propres parents ou fratries suite à des différends familiaux ont été documentés, révélant ainsi l'ampleur de la crise et l'effondrement des valeurs fondamentales qui structurent notre vivre-ensemble.
Repenser notre approche
Face à cette situation critique, les stratégies purement sécuritaires montrent leurs limites. Les mesures répressives, loin de résoudre le problème à sa source, peuvent l'aggraver en renforçant le sentiment d'exclusion et d'isolement des jeunes concernés.
Ce dont nous avons besoin, c'est une démarche holistique qui transcende les palliatifs temporaires pour s'attaquer aux causes profondes. Cela implique une refonte substantielle du système éducatif, privilégiant le développement d'une personnalité équilibrée plutôt que la simple transmission de savoirs théoriques.
Il est également impératif de mettre en place des dispositifs de soutien psychologique au sein des établissements scolaires, de former les familles à affronter les défis de l'adolescence à l'ère numérique, et d'instaurer une régulation rigoureuse des contenus numériques destinés aux publics vulnérables.
Un appel à la responsabilité collective
La série "Adolescence" n'est pas qu'une œuvre de fiction à visée divertissante ; elle constitue un signal d'alarme nous invitant à une introspection profonde et à reconnaître les fissures qui lézardent notre tissu social. Elle nous exhorte à une révision de nos pratiques individuelles et collectives, à repenser les valeurs que nous transmettons aux générations futures.
En définitive, comprendre que l'adolescent n'est pas un monstre à marginaliser ou à châtier, mais un être en construction nécessitant compréhension, inclusion et orientation appropriée, est essentiel. Le véritable défi ne réside pas dans la lutte contre l'adolescent lui-même, mais contre les systèmes sociaux, éducatifs et médiatiques qui le précipitent – délibérément ou non – vers les marges de l'extrémisme et de la violence.
La pacification de notre jeunesse passe inévitablement par une remise en question profonde de nos propres responsabilités et par l'édification d'une société plus juste, plus attentive et plus protectrice envers ses membres les plus vulnérables.