Par Rida Lamrini
En ces jours de célébration, les chaudes étreintes enveloppent l’âme d’une douce chaleur.
Pourtant, dans le flamboiement des retrouvailles, dans l’exubérance de l’allégresse, des peines anciennes, tapies dans l’ombre du cœur, se ravivent avec une acuité nouvelle.
Comme une note discordante dans une symphonie festive, un vide lancinant et tenace, murmuré par des présences devenues échos, rappelle l’insondable vacarme du silence.
Ce murmure, celui de l’absence irrémédiablement perdue, est si prégnant qu’il en devient une présence fantomatique.
Il y a des places vacantes, non seulement autour de la table, mais au creux même de mon existence. L’absence de ceux qui ne sont plus, que la chaleur des retrouvailles et l’éclat des lumières ne font qu’aiguiser davantage, ravive cruellement les cicatrices laissées par le passage du temps.
L’esprit erre alors vers des temps où les liens semblaient immuables, naïvement confiant en la pérennité des choses.
Et je me prends à murmurer les paroles du poète Aznavour : Et moi dans mon coin, si je ne dis rien, je remarque toutes choses. Je revois des gestes, des regards, des complicités muettes, dont la permanence semblait défier le temps lui-même.
Était-ce une illusion ? Ou la vie, dans son cours imprévisible, se charge-t-elle simplement de remodeler nos certitudes les plus chères, nous laissant désemparés sur le rivage de nos propres attentes ?
Au milieu de l’éclat général, je me surprends à observer les autres, leurs interactions, la facilité apparente de leurs
connexions. Et dans ma solitude, je médite sur la nature éphémère du bonheur, sur ces fils invisibles qui nous relient les uns aux autres, et qui, parfois, sans que l’on comprenne tout à fait pourquoi ni comment, s’effilochent ou se brisent.
La fragilité de la vie me rappelle que certaines portes, une fois fermées par le temps ou les circonstances, résistent à toutes les clés.
Au milieu de la fête, entouré de proches, mais terriblement seul dans un monde qui semble vide, l’envie de pleurer m’envahit, me serre la gorge. Les mots du poète résonnent en moi : Et moi dans mon coin, si je ne dis rien, j’ai le cœur au bord des larmes.
Et moi dans mon coin, je bois mon chagrin.
Pourtant, les larmes refusent de se libérer, de m’offrir un répit.
Même lorsqu’elles coulent, même les plus sincères, même les plus ferventes, elles ne sont qu’une pluie salée sur une terre durcie. Elles nourrissent le chagrin, sans jamais pouvoir faire refleurir le passé, ni ramener ceux que le flot impitoyable de la vie a emportés loin de ma rive.
Les larmes versées témoignent de l’amour qui demeure.
Elles révèlent aussi l’impuissance face à des êtres irrémédiablement disparus.
Pendant ce temps, la fête poursuit son cours, indifférente aux peines enfouies qui m’habitent.