Par Adnane Benchakroun
L’année deux mille vingt-trois restera comme une année de bascule démographique pour l’Europe. Le taux de fécondité dans l’Union européenne a chuté à 1,37 enfant par femme, un niveau historiquement bas, bien en dessous du seuil de renouvellement des générations fixé à 2,1. Ce chiffre, qui semble anodin pour certains, est en réalité porteur de profondes secousses sociales et économiques à venir.
Ce n’est pas un simple "baby blues", mais un effondrement structurel de la natalité. Et cette baisse inquiète les démographes autant que les économistes : moins de naissances, c’est mécaniquement moins d’actifs demain pour financer les retraites d’aujourd’hui. Dans une Europe vieillissante, où les plus de soixante-cinq ans représentent déjà plus de vingt pour cent de la population, le déséquilibre est flagrant : la pyramide des âges est en train de s’inverser.
Les causes de cette chute sont multiples : précarité de l’emploi, coût de la vie, logement inaccessible, report de la maternité, émancipation féminine, manque de politiques familiales ambitieuses… Et, surtout, un profond changement culturel : avoir des enfants n’est plus une évidence, mais un choix mûrement réfléchi, parfois reporté indéfiniment.
Mais le temps presse. À ce rythme, certains pays européens perdront des millions d’habitants actifs dans les vingt prochaines années, rendant le financement des retraites par répartition de plus en plus difficile, voire insoutenable. La France commence à peine à sentir les effets de ce basculement. L’Allemagne, l’Italie, la Grèce ou encore la Pologne y sont déjà confrontées de plein fouet.
Face à cette impasse, une solution aussi taboue qu’inévitable s’impose : l’immigration. En l’absence d’un rebond massif des naissances, seule l’arrivée de nouveaux actifs venus d’ailleurs peut permettre de maintenir l’équilibre démographique. Ce constat dérange, car il heurte les imaginaires identitaires et bouscule le débat politique. Mais les chiffres sont têtus : sans immigration, l’Europe vieillira, se rétractera et s’appauvrira.
Les discours populistes qui prônent la fermeture des frontières et le repli national apparaissent dès lors en contradiction flagrante avec les besoins réels des sociétés européennes. Il est temps de poser sereinement la question de la place des immigrés dans la relance économique, la solidarité intergénérationnelle et la sauvegarde des systèmes sociaux.
Ignorer cette réalité reviendrait à choisir la décroissance, la pénurie de main-d'œuvre, et la faillite des régimes de retraite.
L’Europe est à un tournant. Le défi démographique n’est pas seulement une question de berceaux vides, mais de vision politique et de courage collectif.