Collectivités territoriales : un excédent budgétaire de 10,2 milliards de dirhams, entre opportunité et questionnements
Si cet excédent peut être perçu comme un signe de bonne gestion, il reflète également une tendance récurrente : les collectivités peinent souvent à mobiliser ces ressources pour répondre efficacement aux besoins des citoyens. Cet immobilisme budgétaire, dans un contexte où les attentes sociales sont élevées, alimente un débat sur la capacité des administrations locales à transformer ces fonds en projets concrets.
Sur le terrain, l’excédent budgétaire masque une réalité contrastée. Alors que certaines régions, notamment les grandes métropoles comme Casablanca ou Rabat, disposent de moyens financiers substantiels, d’autres zones rurales ou périphériques manquent cruellement de ressources pour financer des projets structurants. Ces disparités renforcent l’inégalité territoriale et freinent le développement équilibré du pays.
Cet excédent met en lumière une gestion parfois conservatrice des budgets locaux, où la priorité semble être donnée à la constitution de réserves financières plutôt qu’à l’investissement dans des projets à fort impact social ou économique. Dans un contexte où la décentralisation est censée renforcer l’autonomie des collectivités, cette situation soulève des questions sur les capacités de ces dernières à jouer pleinement leur rôle de moteur de développement.
De plus, l'excédent pourrait être un levier puissant pour stimuler l’emploi local, améliorer les infrastructures et renforcer les services publics. Cependant, le manque d’audace et de vision de certaines administrations locales limite la transformation de ces fonds en projets concrets. Des exemples internationaux, comme en Espagne ou en Allemagne, montrent que les excédents budgétaires peuvent être utilisés pour financer des initiatives innovantes, telles que des programmes de transition énergétique ou des projets de mobilité durable.
Au Maroc, l’absence de projets structurants financés par ces excédents reflète un problème de gouvernance. Les lenteurs administratives, le manque de compétences techniques et parfois la peur de prendre des risques freinent la capacité des collectivités à mettre en œuvre des initiatives ambitieuses.
D'autre part, cette situation alimente la défiance des citoyens envers les institutions locales. Alors que les besoins en matière d’éducation, de santé, de logement ou encore de transport restent criants dans de nombreuses régions, voir des milliards de dirhams non utilisés dans les caisses publiques peut être perçu comme un échec de la décentralisation.
Il est à noter que des pays comme la Suède ou le Canada ont mis en place des mécanismes permettant aux collectivités locales de réinvestir rapidement leurs excédents dans des projets à impact direct sur les populations. Ces exemples montrent qu’une gestion proactive des budgets locaux peut non seulement réduire les inégalités territoriales, mais également renforcer la confiance des citoyens dans leurs institutions.
L’excédent budgétaire des collectivités territoriales marocaines pour 2024 est une arme à double tranchant. S’il témoigne d’une certaine discipline financière, il met aussi en lumière des failles dans la planification et l’exécution des projets locaux. À court terme, il est crucial que ces fonds soient mobilisés pour répondre aux besoins urgents des citoyens, notamment dans les régions les plus défavorisées.
Dans ce sens, une réforme profonde de la gouvernance locale pourrait inclure une meilleure formation des élus et des fonctionnaires, une simplification des procédures administratives, ainsi qu’un renforcement des mécanismes de suivi et d’évaluation des projets. Car sans ces réformes, ces excédents risquent de rester des chiffres sur un papier, incapables de transformer les réalités locales.