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Par Adnane Benchakroun
Dès les premières lignes de son traité, il aurait peut-être formulé autrement sa célèbre maxime : « L’histoire est une discipline philosophique, mais aussi une science des données. » Les cycles de montée et de chute des civilisations, les mécanismes de la ‘asabiya, les dynamiques fiscales et politiques qu’il avait disséqués à l’œil nu pourraient aujourd’hui être modélisés à l’aide d’algorithmes prédictifs.
Face à cette révolution cognitive, Ibn Khaldûn ne se serait pas contenté de réciter les faits historiques, il aurait nourri des intelligences artificielles de vastes corpus de chroniques, leur demandant de repérer des schémas invisibles à l'œil humain. Il aurait analysé les données climatiques pour comprendre l’impact du temps sur les migrations des peuples, il aurait croisé des archives économiques pour anticiper l’effondrement des États sous le poids de leur propre fiscalité.
L’intelligence artificielle aurait renforcé sa quête méthodologique. Loin de la vision figée d’un passé immuable, il aurait utilisé le machine learning pour raffiner ses théories sur la chute des empires, validant ses hypothèses par des simulations, par des modélisations poussées. Les dynamiques tribales, le passage du nomadisme à la sédentarité, le poids de l’impôt sur la productivité des peuples auraient été démontrés avec des statistiques qu’il aurait convoquées avec rigueur.
Mais Ibn Khaldûn ne se serait pas laissé duper par la machine. Il aurait vu les dangers d’une histoire dictée uniquement par des données froides, sans interprétation humaine. Il aurait compris que l’IA, tout en étant un outil formidable, ne peut pas remplacer le regard critique du penseur, ni la subtilité de l’analyse sociale. Il se serait insurgé contre l’idée d’un déterminisme algorithmique où l’homme serait réduit à une variable mathématique, où les civilisations ne seraient que des équations.
Ainsi, la Muqaddima 2.0 serait à la fois une œuvre de science et de prudence. Une mise en garde contre l’illusion d’une prévisibilité totale de l’histoire, mais aussi une exploration des possibilités offertes par la technologie. Il aurait laissé en héritage une méthodologie hybride, où l’intuition humaine et l’intelligence artificielle se complètent pour comprendre le monde.
Dans son bureau, Ibn Khaldûn pose son regard sur un parchemin vierge. Il sait que la pensée ne se limite pas à ce qui est immédiatement visible. Si l’IA l’accompagnait, elle ne remplacerait pas son esprit critique, mais l’aiderait à aller plus loin, à voir plus grand. Il prend sa plume, et, dans un dernier trait d’encre, inscrit cette pensée prophétique : « L’intelligence est une lumière, qu’elle soit humaine ou artificielle, encore faut-il savoir l’apprivoiser. »