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Par Rachid Boufous
Jamais dans les relations internationales nous n’avions assisté à pareille situation. Même le pauvre président Benès n’eut pas droit à pareille humiliation de la part d’Hitler à propos des Sudètes en Tchécoslovaquie en 1938…
Pire, nous assistons aujourd’hui à une situation inédite où l’allié d’hier, l’Amérique, exige une reddition, presque sans conditions des ukrainiens devant l’ennemi russe, qui a attaqué et pris les terres de ce pays dès 2014.
À moins de croire la théorie qui dit que Trump fut un agent russe recruté dès 1988 par le KGB sous le nom de code de « Krasnov », quand son empire immobilier était en difficultés et qu’il était parti chercher de l’aide auprès des soviétiques, je ne vois pas ce qui pourrait expliquer cette attitude étrange de la part du président américain. On dirait que Trump fait tout pour satisfaire le président Poutine. Étrange tout de même…!
On nous dit partout que l’Amérique de Trump veut mettre un terme à la guerre russo-ukrainienne. Soit. Mais pourquoi alors avoir aidé massivement l’Ukraine et l’avoir poussée à faire la guerre à la Russie en 2014 et après, venir en 2025 lui dire que non seulement elle doit se coucher face aux russes, mais qu’elle doit en plus rembourser l’aide de guerre américaine qui serait de l’ordre de 300 milliards de dollars…?
En agissant ainsi, Trump rappelle au monde que c’est lui qui décide désormais de la paix sur le globe, que l’on a eu tort de soutenir un ramassis de gangsters ukrainiens qui ont détourné les milliards de l’aide de guerre américaine et que le sort subi par Zelensky sera celui de tout chef d’état qui ne veut pas prêter allégeance à l’hégémonie américaine et à son hyperpuissance quasi absolue…
C’est une posture politique et médiatique pour imposer son point de vue sans discussion ni protestation face à un monde de plus en plus déréglé et ingouvernable.
Trump pense qu’en se mettant ainsi en scène il fait peur au reste du monde et qu’il pourra obtenir ce qu’il veut de n’importe quel pays. Pourtant il se trompe. L’Amérique ne fait plus peur. Même avec ses porte-avions et ses bombardiers, on a vu comment elle a quitté piteusement l’Afghanistan et même l’Irak. Battue en brèche par les partisans de la guerre asymétrique et les guérillas urbaines ou rurales que les GI américains ne maîtrisent absolument pas…
Trump peut toujours faire peur aux jordaniens et aux égyptiens pour qu’ils récupèrent les palestiniens de Gaza sur leurs terres et vider ce territoire pour en faire la future Riviera du Moyen-Orient, il n’arrivera pourtant pas à déporter les millions de palestiniens de leur terre. Les militaires israéliens en savent quelque chose…
Face aux « pets géostratégiques » du président américain, le monde ne doit pas baisser les bras et se soumettre. La hausse des taxes douanières que préconise Trump pour faire plier les nations récalcitrantes portera surtout préjudice à l’Amérique importatrice et non aux nations exportatrices.
Jusqu’à présent, on a surtout assisté à un show médiatique de mauvais goût, joué par Trump et son pote du moment Elon Musk. Rien de concret n’en est sorti, à part, foutre le bouze un peu partout, sans résultat tangible. On ne réforme pas un État défaillant à coups de serpettes ou même de cimeterres. Paradoxalement, plus aucune nation ne veut être l’alliée affichée des États-Unis. Même Israël se tâte et se dit qu’il n’est peut-être pas raisonnable de trop afficher son amour immodéré pour Trump et ses copains dingues ultra-conservateurs.
Tout le monde préfère attendre de voir ce que donneront les premiers 100 jours à la Maison Blanche avant de juger. D’autant plus que l’Amérique a besoin du reste du monde pour exister, tant elle en est sévèrement dépendante.
Et il ne suffit pas de clamer haut et fort que l’on est le premier producteur mondial de pétrole et bientôt de gaz pour faire plier le monde à ses exigences. Le temps des canonnières et de Théodore Roosevelt est bien révolu.
Que le monde cesse de commercer avec le dollar, qui vaut moins que le prix de l’impression des billets ou arrête d’achèter les bons du trésors américain qui ne valent pas grand chose, vu l’abyssale dette américaine, pour que les États-Unis s’effondrent du haut de leur suprématie. Et c’est cela l’arme de destruction massive que détient le reste du monde, pour faire plier l’arrogante Amérique de Trump. Celui-ci devrait y réfléchir sérieusement…
Que les gens cessent d’utiliser des Iphones, d’acheter des Tesla, cessent d’utiliser les réseaux sociaux américains ou que l’immigration cesse aux États-Unis, pour que soit portée une sévère correction à cette hégémonie américaine.
Et c’est ce qui risque de se passer, si Trump continue dans ses délires face au reste du monde…
Que Zelensky et ses copains neo-nazis disparaissent, cela ne fera pas de mal à beaucoup de monde. Mais si l’on accepte l’humiliation faite à l’Ukraine par Trump, on ne pourra pas se révolter demain s’il venait à répéter cela ailleurs, face à d’autres pays.
Les nations et leurs dirigeants doivent être respectés. C’est une règle universelle depuis 1945. On sait ce qu’il en advient quand cette règle est bafouée. L’Amérique n’a gagné aucune des guerres menées depuis 1945 justement : les guerres de Corée, du Vietnam, d’Irak ou d’Afghanistan ont été toutes perdues par l’Amérique. De cela, une grande leçon d’humilité doit été tirée par Trump. Certes celui-ci déclare qu’il ne veut plus la guerre nulle part. C’est une bonne chose. C’est la méthode utilisée pour y arriver, qui n’est pas bonne. Pareil pour la recherche de l’établissement d’une nouvelle suprématie de l’Amérique sur le monde face aux Chinois et surtout aux Brics.
La résolution pacifique des conflits et l’établissement de la paix dans le monde sont un travail collectif, effectué de concert avec toutes les nations du globe et cela n’est pas du ressort d’une seule nation, aussi puissante soit-elle…
L’Amérique d’aujourd’hui fait encore moins peur qu’hier. Elle a surtout besoin d’une analyse psychiatrique de masse pour qu’elle comprenne que c’est fini et que le monde souhaite passer à autre chose.
Le temps des civilisations est ainsi fait. C’est au sommet de leur puissance qu’elles sont les plus fragiles. Ibn Khaldoun, un gars de chez nous, a expliqué cela il y’a plus de 7 siècles et c’est toujours d’actualité…
La politique internationale ne peut ressembler à de la télé-réalité, même si les niveaux intellectuels et politiques des élites internationales et des gouvernants, n’ont jamais été aussi bas au cours de l’histoire humaine.
Des dingues arrivent au pouvoir un peu partout sur le globe, portés par un discours nationaliste, complotiste, raciste ou antisémite.
Le monde né de la fin de la seconde guerre mondiale le 08 Mai 1945 est à présent révolu. Quatre-vingt ans pour arriver à un monde sans règles, sans foi ni lois, livré presque aux vents dominants de la bêtise, de la haine et du déshonneur…
Les peuples de la terre devraient laisser de côté leur zapping effréné de la vie au quotidien et de s’intéresser un peu plus à leur destin, et surtout, de se poser la vraie question : comment mettre fin à ce dérèglement du monde ?
Rachid Boufous
01/03/2025