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Filles et jeunes femmes : Apprentissage et emploi


Rédigé par le Vendredi 14 Février 2025



Par FAWZIA TALOUT MEKNASSI

Khadija, 14 ans, rêvait de devenir institutrice. Sa scolarité en cycle de primaire s’est déroulée dans son propre village, Jemaat Ouled Abou , province de Settat. Après l’obtention de son certificat d’étude et la sixième année du primaire, elle devait se rendre, en ville pour pouvoir continuer ces études au collège. La ville de Berrechid est la plus proche de son Douar. Mais, elle n’a pas de famille là-bas.  Sans un lieu d’hébergement, un petit budget, ne serait-ce que symbolique pour se nourrir et se vêtir, ou un bus scolaire pour assurer ses déplacements, il lui était impossible de s’y rendre. En plus sa famille est tellement dans le besoin, qu’elle sait, depuis longtemps déjà, qu'elle doit aider dans le revenu familial. 

A contrecœur, elle abandonne ses études secondaires et avec elles, son rêve de devenir institutrice. Elle commence à travailler comme aide-ménagère chez un jeune couple de la ville de Settat. 

Et pour se consoler, elle se répète à elle-même : « Mon père dit que l'école n'est pas pour les filles, et les filles devraient travailler à la maison, ». Chose qu’elle fait, tout en assurant un petit revenu à sa famille et à ses deux frères plus jeunes, qui pourront peut-être continuer leurs études. 

L’histoire de Khadija est malheureusement assez fréquente dans le milieu rural et dans les milieux défavorisés du para-urbain et urbain. Elles sont des milliers comme elle, faute de moyens et d’infrastructures nécessaires, renoncent chaque année à continuer leurs études. Ces « laissées pour compte », viennent grossir le pourcentage des jeunes sous éduqués ou en travail précaire. 

La dernière note d’information du Haut-Commissariat au Plan (HCP), fait ressortir que la part des jeunes de 15 à 24 ans, représente 36,7% des 1.638.000 chômeurs dénombrés au Maroc en 2024 ;  dont 18,3% sont des filles ou de jeunes femmes. Autrement dit, 601.146 jeunes ne sont ni à l’école ni au travail. 

Que plus d’un tiers de chômeurs soient des jeunes, est un nombre ahurissant aux vues des conséquences engendrées sur les plans des défis économique, social, développement et devenir du pays. Ce chiffre devrait nous interpeller et nous faire réfléchir aux causes des limites des politiques publiques, pourtant assez nombreuses, en matière de formation, d’emploi et d’insertion des jeunes. 

 Si la question de l’emploi des jeunes demeure inquiétante, l’existence de différences notables entre la situation des jeunes hommes et des jeunes femmes l’est encore plus. Des facteurs supplémentaires entravent l’insertion des filles et des jeunes femmes dans l’emploi.  

Nous pouvons citer parmi ces entraves, celui des infrastructures, notamment au niveau des zones rurales ou para-urbaines. En effet l’éloignement des établissements scolaires des lieux d’habitation des familles, l’absence de lieu d’hébergement ou de transport scolaires, empêchent les filles de poursuivre leur scolarité. Certaines solutions sont pourtant là et peuvent aider ces filles non seulement à continuer leur formation, mais aussi à gagner honnêtement leur vie et à préserver leur dignité. 
L’expérience de Dar Taliba, à titre d’exemple, avait bien réussie et avait permis à des milliers de jeunes filles de ne pas abandonner leur éducation.

Cette alternative, pourtant pratique pour ces filles, semble être abandonnée cette dernière décennie. Le transport scolaire ou comme pour certaines régions, à l’instar de province de Tata des bicyclettes mises à la disposition des étudiantes, est une solution d’incitation pour maintenir les filles dans les systèmes scolaires. 

Par ailleurs, en cas d’impossibilité pour certaines filles de poursuivre leur scolarité formelle, nous pouvons, tout aussi bien, mettre en place des programmes de formation informel. Ces programmes élaborés dans une approche participative et de proximité seraient destinés à favoriser des projets d’autonomisation économique des adolescentes et des jeunes femmes. Elle viserait aussi à faire tomber le clivage métier traditionnellement considéré pour les hommes par opposition aux métiers réservés aux femmes.

En effet, Maroc, dispose d’une population féminine détenant d’époustouflants savoirs traditionnels riches et variés. Ceci représente une niche importante non seulement d’apprentissage, mais un réel vivier de création d’auto-emploi et de startup novatrices particulièrement via le digital et les différentes technologies mobiles, disponibles et facilement accessibles. Cette manne de produits réalisés tous les jours par des milliers de femmes à travers le Maroc est sous commercialisée, elle n’est pas suffisamment visible et valorisée. La deuxième chance de toutes ces filles, qui par manque de moyen ne peuvent terminer un cycle scolaire normal leur permettant d’accéder à l’emploi, pourrait être saisie au niveau de ces savoirs prolifiques et constamment créateurs. Ces filles pourraient apprendre ces métiers autrement que par l’apprentissage orale et strictement familial. Elles pourraient être des sources de création des auto-entreprises à même de commercialiser et marqueter les produits des savoirs traditionnels réalisé par les femmes de Tanger à Lagouira. 

 Les conseils régionaux en partenariat avec le secteur privé, pourraient exploiter les différentes niches des savoirs traditionnels de leur région et en faire des leviers d’emploi des jeunes, notamment des filles. Les conseils régionaux auront par-là, préservé les richesses traditionnelles de leur région en les liant à l’économie locale, voire nationale. Le déploiement judicieux et structuré par les régions d’un programme de formation par apprentissage, d’encouragement et d’incitations destiné à aider les filles et les jeunes femmes à entrer dans la vie active grâce à des dispositifs de financement fondés sur les résultats, serait une solution réaliste et réalisable. Le programme aux compétences transférables serait soutenu par une coordination horizontale, qui en garantit la complémentarité et l’optimisation de sa portée, aussi bien sur un plan interrégional qu’entre les 12 régions du Royaume. 

Les conseils régionaux auront de ce fait favorisé l’émergence d’activités culturelles et des activités du savoir traditionnel structurées et aussi valorisé les détenteurs et les détentrices, créer des milliers d’auto-entrepreneurs et de startups. C’est aussi un moyen efficace pour lutter contre l’informel, fournir des solutions durables aux populations encourager le travail indépendant en adoptant des mesures qui leurs permettront de se structurer et d’augmenter leurs revenus. 

Des nouvelles compétences vont se développer. L’apprentissage appréhendé au début comme moyen de substitution, trouvera ainsi toute sa place dans la panoplie des métiers à valeur ajoutée. 

Cette réflexion n’est nullement une utopie ou un rêve farfelu. Bien au contraire, les centaines savoirs et de techniques traditionnels sont là. Les dernières détentrices, sont âgées et avec elles, tout un pan des richesses marocaines se perd. Mettre à profit ces savoirs pour créer de l’emploi chez les filles et une solution avisée et doublement gagnante. D’une part, on préserve nos savoirs et notre culture en les liant au tissu économique régional et d’autres part, nous créons de l’auto-entreprenariat notamment auprès d’une population défavorisée économiquement et soumise à un dictat culturel qui en brime les compétences, limite les opportunités, et va à l’encontre d’une égalité des chances entre les jeunes d’une même nation.

Par ailleurs, le Maroc se prépare à accueillir la coupe du monde. Cette opportunité devrait profiter à toutes les composantes de la société. Ainsi, un autre volet d’apprentissage, pour aider l’insertion des filles, pourrait être déployé à cet occasion, est celui de l’apprentissage des langues. Par un programme souple aux heures flexibles, et à l’aide de digital, nous pouvons monter des programmes de formation de langues. En plus de l’arabe, des milliers de filles pourront apprendre le Français, l’Anglais, l’Espagnol et même le Mandarin. 

Il est en notre pouvoir de résoudre Le problème de la déperdition scolaire des filles et leur chômage qui en découle, à condition de prendre des mesures ciblées, de disposer des ressources nécessaires et de faire participer les jeunes eux au processus. Nous devons tous aider ces jeunes, qui se sentent exclus et perdus, à retrouver le chemin de l’emploi. Nous devons agir vite et efficacement car l’explosion du chômage des jeunes, est susceptible d’exacerber les risques de conflit et d’accentuer l’instabilité, notamment lorsque les opportunités économiques et les moyens d’expression ne profitent pas à toute la population..

 

Article publié dans L'Eco Business du 14 février 2025


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