Par Sanaa Eddiry docteur en physiopathologie et génétique
L’intelligence artificielle (IA) et l’automatisation transforment en profondeur le monde du travail. Présentées comme des solutions permettant d’optimiser l’exécution des tâches et de limiter les erreurs humaines, ces technologies redessinent les contours de nombreuses professions. Pourtant, loin de simplifier le quotidien des travailleurs, l’IA impose de nouvelles exigences qui amplifient la charge mentale. Dans un contexte où la pression de performance est accrue, où l’adaptation et la pluridisciplinarité sont devenues des nécessités et où la surveillance des travailleurs s’intensifie, il est essentiel de questionner l’impact neurologique et psychologique de cette révolution.
Si l’automatisation élimine certaines tâches répétitives, elle ne supprime pas pour autant la nécessité d’une intervention humaine. Au contraire, elle impose un traitement toujours plus rapide d’un volume croissant d’informations. Dans des secteurs comme la finance, l’analyse de données, l’informatique, ou encore la gestion de projet, les professionnels doivent sans cesse s’adapter à des outils en perpétuelle évolution, sous peine de devenir obsolètes. Cette pression cognitive favorise un état de vigilance permanent, entraînant stress et fatigue mentale.
Quatre enquêtes ont été menées, à l'aide de questionnaires, sur le bien-être de 800 salariés aux États-Unis, à Taïwan, en Indonésie et en Malaisie, et dans des entreprises issues de différents secteurs, du biomédical à la gestion de biens. Les résultats, sans équivoque, transcendent la culture et le domaine : ceux qui interagissent fréquemment avec des systèmes d’intelligence artificielle (IA) sont plus susceptibles de ressentir de la solitude, ce qui peut mener à de l’insomnie et à une consommation accrue d'alcool après le travail (Tang, et al. 2023. Journal of Applied Psychology).
L’essor des algorithmes de gestion des performances a renforcé la surveillance des employés. Désormais évalués en temps réel sur des critères stricts de productivité, ces derniers se retrouvent sous une pression constante. Ce phénomène d’hyperconnexion brouille les frontières entre vie professionnelle et personnelle, notamment dans les métiers intellectuels où l’IA facilite un accès permanent aux tâches de travail. De plus, cette surveillance accrue s’accompagne d’une diminution du contrôle des travailleurs sur leurs propres missions, alimentant un sentiment de perte d’autonomie.
Sur le plan neurologique, l’exposition prolongée à un environnement de travail dominé par l’IA entraîne une élévation chronique du taux de cortisol, l’hormone du stress. Une sécrétion excessive de cortisol est associée à des troubles du sommeil, une fatigue persistante et un risque accru de pathologies cardiovasculaires. L’adrénaline, mobilisée en période de stress, accentue également cet état d’alerte permanent. Parallèlement, la dopamine, impliquée dans la motivation et la récompense, se trouve impactée par l’automatisation des tâches. Lorsque l’IA prend en charge la résolution de problèmes, elle modifie le rapport entre effort et gratification, pouvant conduire à un désengagement progressif des travailleurs.
Des recherches récentes ont montré que l’utilisation fréquente d’outils d'intelligence artificielle (IA), tels que ChatGPT, peut réduire l'engagement des utilisateurs dans une réflexion critique. Une étude a révélé que plus les utilisateurs ont confiance en ces systèmes, moins ils engagent de réflexion approfondie, ce qui pourrait affaiblir leurs capacités d’analyse et de raisonnement critique à long terme ((Hao-Ping (Hank) Lee et al. CHI ’25). Ce phénomène pourrait avoir des conséquences similaires dans le monde du travail, en menant à une dépendance accrue aux systèmes automatisés et en réduisant les compétences essentielles à la prise de décision.
Gary Marcus, spécialiste de l’IA, le souligne bien : « L’intelligence artificielle est excellente pour donner des réponses, mais pastoujours les bonnes. C’est pourquoi la pensée critique humaine est plus importante que jamais ».
Dans ce contexte, une question s’impose : en facilitant certaines tâches, l’IA ne risque-t-elle pas d’appauvrir les facultés intellectuelles sur le long terme ? Les étudiants comme les travailleurs se retrouvent pris dans un paradoxe où ils doivent, d’une part, s’adapter en permanence aux évolutions technologiques et, d’autre part, veiller à ne pas perdre leur capacité à réfléchir de manière critique et indépendante.
Face à l’accélération de l'IA et de l’automatisation, l’économie des données illustre cette transformation à grande échelle. En 2018, elle représentait 305 milliards d’euros dans l’Union européenne et devrait atteindre 830 milliards d’euros en 2025. Le nombre de professionnels dans ce domaine devrait presque doubler, passant de 6,5 à 10,9 millions. Cette croissance rapide exige une évolution des mentalités et des approches. La transmission du savoir et la coopération entre l’humain et la machine deviennent cruciales.
Historiquement, l’humanité a toujours évolué en reposant sur des capacités altruistes et des systèmes de partage des connaissances, garantissant la survie des groupes humains dès l’ère néolithique. Aujourd’hui, alors que l’IA s’impose de plus en plus, il est essentiel de s’adapter à cette évolution tout en en gardant le contrôle.
Dans ce contexte, il devient primordial de repenser l’usage de l’IA dans le monde du travail afin de préserver un équilibre entre performance et bien-être. L’objectif n’est pas de freiner l’innovation, mais de trouver des solutions pour éviter que l’automatisation ne génère davantage de stress. Cela nécessite de former les travailleurs à une utilisation réfléchie et maîtrisée des outils d’IA, de valoriser la pensée critique et de mettre en place des mécanismes permettant de maintenir un équilibre entre l’efficience technologique et le bien-être des individus. L’IA ne doit pas se substituer à l’humain, mais devenir un support permettant d’optimiser la performance sans compromettre la santé mentale et l’autonomie des travailleurs.
Si l’automatisation élimine certaines tâches répétitives, elle ne supprime pas pour autant la nécessité d’une intervention humaine. Au contraire, elle impose un traitement toujours plus rapide d’un volume croissant d’informations. Dans des secteurs comme la finance, l’analyse de données, l’informatique, ou encore la gestion de projet, les professionnels doivent sans cesse s’adapter à des outils en perpétuelle évolution, sous peine de devenir obsolètes. Cette pression cognitive favorise un état de vigilance permanent, entraînant stress et fatigue mentale.
Quatre enquêtes ont été menées, à l'aide de questionnaires, sur le bien-être de 800 salariés aux États-Unis, à Taïwan, en Indonésie et en Malaisie, et dans des entreprises issues de différents secteurs, du biomédical à la gestion de biens. Les résultats, sans équivoque, transcendent la culture et le domaine : ceux qui interagissent fréquemment avec des systèmes d’intelligence artificielle (IA) sont plus susceptibles de ressentir de la solitude, ce qui peut mener à de l’insomnie et à une consommation accrue d'alcool après le travail (Tang, et al. 2023. Journal of Applied Psychology).
L’essor des algorithmes de gestion des performances a renforcé la surveillance des employés. Désormais évalués en temps réel sur des critères stricts de productivité, ces derniers se retrouvent sous une pression constante. Ce phénomène d’hyperconnexion brouille les frontières entre vie professionnelle et personnelle, notamment dans les métiers intellectuels où l’IA facilite un accès permanent aux tâches de travail. De plus, cette surveillance accrue s’accompagne d’une diminution du contrôle des travailleurs sur leurs propres missions, alimentant un sentiment de perte d’autonomie.
Sur le plan neurologique, l’exposition prolongée à un environnement de travail dominé par l’IA entraîne une élévation chronique du taux de cortisol, l’hormone du stress. Une sécrétion excessive de cortisol est associée à des troubles du sommeil, une fatigue persistante et un risque accru de pathologies cardiovasculaires. L’adrénaline, mobilisée en période de stress, accentue également cet état d’alerte permanent. Parallèlement, la dopamine, impliquée dans la motivation et la récompense, se trouve impactée par l’automatisation des tâches. Lorsque l’IA prend en charge la résolution de problèmes, elle modifie le rapport entre effort et gratification, pouvant conduire à un désengagement progressif des travailleurs.
Des recherches récentes ont montré que l’utilisation fréquente d’outils d'intelligence artificielle (IA), tels que ChatGPT, peut réduire l'engagement des utilisateurs dans une réflexion critique. Une étude a révélé que plus les utilisateurs ont confiance en ces systèmes, moins ils engagent de réflexion approfondie, ce qui pourrait affaiblir leurs capacités d’analyse et de raisonnement critique à long terme ((Hao-Ping (Hank) Lee et al. CHI ’25). Ce phénomène pourrait avoir des conséquences similaires dans le monde du travail, en menant à une dépendance accrue aux systèmes automatisés et en réduisant les compétences essentielles à la prise de décision.
Gary Marcus, spécialiste de l’IA, le souligne bien : « L’intelligence artificielle est excellente pour donner des réponses, mais pastoujours les bonnes. C’est pourquoi la pensée critique humaine est plus importante que jamais ».
Dans ce contexte, une question s’impose : en facilitant certaines tâches, l’IA ne risque-t-elle pas d’appauvrir les facultés intellectuelles sur le long terme ? Les étudiants comme les travailleurs se retrouvent pris dans un paradoxe où ils doivent, d’une part, s’adapter en permanence aux évolutions technologiques et, d’autre part, veiller à ne pas perdre leur capacité à réfléchir de manière critique et indépendante.
Face à l’accélération de l'IA et de l’automatisation, l’économie des données illustre cette transformation à grande échelle. En 2018, elle représentait 305 milliards d’euros dans l’Union européenne et devrait atteindre 830 milliards d’euros en 2025. Le nombre de professionnels dans ce domaine devrait presque doubler, passant de 6,5 à 10,9 millions. Cette croissance rapide exige une évolution des mentalités et des approches. La transmission du savoir et la coopération entre l’humain et la machine deviennent cruciales.
Historiquement, l’humanité a toujours évolué en reposant sur des capacités altruistes et des systèmes de partage des connaissances, garantissant la survie des groupes humains dès l’ère néolithique. Aujourd’hui, alors que l’IA s’impose de plus en plus, il est essentiel de s’adapter à cette évolution tout en en gardant le contrôle.
Dans ce contexte, il devient primordial de repenser l’usage de l’IA dans le monde du travail afin de préserver un équilibre entre performance et bien-être. L’objectif n’est pas de freiner l’innovation, mais de trouver des solutions pour éviter que l’automatisation ne génère davantage de stress. Cela nécessite de former les travailleurs à une utilisation réfléchie et maîtrisée des outils d’IA, de valoriser la pensée critique et de mettre en place des mécanismes permettant de maintenir un équilibre entre l’efficience technologique et le bien-être des individus. L’IA ne doit pas se substituer à l’humain, mais devenir un support permettant d’optimiser la performance sans compromettre la santé mentale et l’autonomie des travailleurs.
References :
Tang, P. M., Koopman, J., Mai, K. M., De Cremer, D., Zhang, J. H., Reynders, P., Ng, C. T. S., & Chen, I. H. (2023). No Person Is an Island: Unpacking the Work and After-work Consequences of Interacting with Artificial Intelligence. Journal of Applied Psychology. https://doi.org/10.1037/apl0001093
Lee, H.-P., Sarkar, A., Tankelevitch, L., Drosos, I., Rintel, S., Banks, R., & Wilson, N. (2025). The Impact of Generative AI on Critical Thinking: Self-Reported Reductions in Cognitive Effort and Confidence Effects From a Survey of Knowledge Workers. Proceedings of the CHI Conference on Human Factors in Computing Systems (CHI '25).
Lee, H.-P., Sarkar, A., Tankelevitch, L., Drosos, I., Rintel, S., Banks, R., & Wilson, N. (2025). The Impact of Generative AI on Critical Thinking: Self-Reported Reductions in Cognitive Effort and Confidence Effects From a Survey of Knowledge Workers. Proceedings of the CHI Conference on Human Factors in Computing Systems (CHI '25).