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Trop, c’est trop : pubs à gogo pendant le ramadan, la HACA se réveille (un peu tard ?)


Rédigé par La Rédaction le Jeudi 27 Mars 2025



Quand le sacré devient un prétexte commercial

Chaque année, c’est la même scène qui se répète à l’identique sur nos écrans : dès la rupture du jeûne, un déferlement de publicités s’invite dans nos salons. Spots criards, placements de produits à peine déguisés, parrainages douteux… Et cette fois, la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle (HACA) a fini par hausser le ton. Le 25 mars dernier, dans un communiqué post-conseil, elle alerte enfin sur ce qu’elle qualifie de « saturation publicitaire » pendant le mois sacré. Une saturation ? Le mot est faible.

Mais pourquoi maintenant ? Pourquoi attendre la fin du ramadan pour réagir à un phénomène aussi récurrent qu’envahissant ? Cette réaction tardive a de quoi surprendre. En réalité, pour beaucoup d’auditeurs et de téléspectateurs, le mal est déjà fait : contenu dilué, immersion brisée, lassitude généralisée. Et la question dérange : fallait-il vraiment attendre que les plaintes s’accumulent ?

On le sait, ramadan rime avec pics d’audience. Une aubaine pour les régies publicitaires qui n’hésitent pas à multiplier les spots entre deux épisodes de sitcom ou au beau milieu d’un journal télévisé. La HACA reconnaît elle-même cette logique économique : le mois de ramadan est une « période stratégique » pour les diffuseurs.

Mais faut-il pour autant sacrifier l’expérience du public sur l’autel de la rentabilité ? La ligne rouge semble avoir été franchie. Et ce sont surtout les plus jeunes — enfants et adolescents — qui paient le prix de cette surenchère, exposés à un déluge de messages commerciaux souvent sans filtre, parfois même à caractère manipulatoire.

La HACA tire la sonnette d’alarme : à force de mélanger éditorial et promotionnel, le message devient flou. Le spectateur ne sait plus s’il regarde une émission, une pub ou une pub déguisée en émission. Résultat ? Une érosion lente mais sûre de la crédibilité des médias marocains, même ceux censés incarner le service public.

Et ce n’est pas une simple intuition : les plaintes déposées auprès du régulateur confirment un mécontentement croissant du public, lassé par ce qu’il perçoit comme un matraquage continu, voire un mépris implicite de son intelligence.

La HACA dresse un constat sévère mais lucide : publicité clandestine, parrainages sans balisage clair, flou volontaire entre contenus et messages commerciaux… Le secteur audiovisuel national semble évoluer dans une zone grise où le droit est fléchi au profit des intérêts économiques. Et pourtant, les règles existent. Mais leur application reste partielle, sporadique, voire permissive.

Faut-il rappeler que la loi impose une séparation stricte entre contenu et publicité ? Que le téléspectateur a droit à la clarté, à la transparence ? Que la confiance ne se décrète pas, mais se mérite ?

Dans son communiqué, la HACA le concède du bout des lèvres : la régulation ne suffira pas. Il est temps, selon elle, de repousser les limites d’un modèle publicitaire vieillissant et d’imaginer des solutions plus responsables, plus innovantes. Une publicité éthique, vraiment ? Encore faut-il que tous les acteurs du secteur soient autour de la table.

Le défi est immense : Comment maintenir la viabilité économique des médias sans céder à la tentation du tout-publicitaire ? Comment préserver l’indépendance éditoriale quand la frontière entre contenu et promotion s’efface jour après jour ?

La HACA élargit le débat : au-delà du ramadan, c’est l’avenir même de l’audiovisuel marocain qui est en jeu. Dans un monde où les plateformes numériques gagnent chaque jour du terrain, le Maroc doit repenser son cadre réglementaire pour garantir sa souveraineté culturelle et informationnelle.

Car la menace ne vient pas uniquement des publicités intrusives. Elle vient aussi de l’extérieur, de contenus étrangers omniprésents, de logiques algorithmiques qui échappent à tout contrôle. L’enjeu n’est plus seulement local. Il est géopolitique, culturel, stratégique.

Alors, oui, la réaction de la HACA est salutaire. Mais elle arrive peut-être trop tard, et surtout, elle manque d’anticipation et de fermeté. Et le citoyen marocain, lui, attend toujours des actes concrets, et non de simples rappels à l’ordre post-ramadan.
 


 

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Jeudi 27 Mars 2025


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