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Qui suis-je, peut être bien qu'un simple blablateur ?




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À l'automne de ma vie, me voilà devant une question inattendue, presque dérangeante : qui suis-je réellement ? À première vue, mon parcours ressemble à une mosaïque déroutante. J'ai embrassé tardivement le journalisme sans jamais avoir poussé la porte d'une école dédiée. Je m'aventure en économie sans avoir jamais reçu l'onction d'une prestigieuse université. Je fais vibrer les cordes de la politique depuis mon salon, sans connaître les batailles électorales. J'écris des livres sans me revendiquer pleinement auteur. Je compose des poèmes, les transformant en chansons, sans prétendre avoir l'oreille fine du musicien. Et voilà que je m'essaye à la peinture, pinceau en main, sans souci académique ni profond calcul artistique.

Alors, suis-je simplement un blablateur, un touche-à-tout superficiel ou est-ce autre chose qui se joue là ? La société nous pousse, dès notre jeunesse, à choisir un chemin unique, à nous spécialiser, à devenir « quelqu'un » dans un domaine précis. Il faut une étiquette claire, un métier, une reconnaissance sociale nette et définie. Mais dans mon cas, aucune étiquette ne semble vouloir tenir. Je suis perpétuellement ailleurs, perpétuellement débutant, perpétuellement curieux.

Cette quête perpétuelle d'expériences nouvelles est-elle une faiblesse ou une force ? À première vue, on pourrait croire à une fuite, une incapacité à s'engager durablement dans un seul domaine. Pourtant, à y regarder de plus près, cette dispersion apparente cache peut-être une richesse insoupçonnée. Car explorer, c'est d'abord se permettre l'erreur, c'est accepter l'humilité de l'éternel apprenti.

On pourrait s’interroger sur la légitimité d’une telle démarche : suis-je en train d’usurper une place qui ne m'appartient pas ? Prétendre sans diplôme, écrire sans titre, juger sans mandat ? Mais la créativité et l'expression ne doivent-elles appartenir qu'aux spécialistes reconnus par les institutions ? Si l'on accepte ce cadre étroit, combien de voix précieuses seraient alors réduites au silence ?

Ce que je fais, ce que nous faisons parfois tous, c’est simplement répondre à cet irrépressible besoin de créer, de questionner, de partager. Et cela ne nécessite aucune permission officielle. L'artiste sans atelier, l'économiste autodidacte, le journaliste citoyen, tous participent à une richesse collective qui dépasse largement les étiquettes.

Par ailleurs, notre époque n'est-elle pas celle des frontières floues ? Aujourd'hui, les barrières s’estompent entre les disciplines, laissant place à des formes inédites d'expression, à des profils hybrides, jadis impensables. C’est ainsi qu’émergent des voix nouvelles, portées par une légitimité différente, celle du vécu, de la passion authentique et de l’engagement sincère plutôt que celle du diplôme affiché au mur.

À mon âge avancé, je réalise que le véritable enjeu n’est pas d’être reconnu comme un expert mais d’être sincère dans ma démarche, honnête dans ma quête. Oui, je navigue sans cesse entre des univers que certains préfèrent cloisonner. Oui, je suis souvent maladroit, approximatif, parfois même naïf dans mes approches. Mais cette maladresse ne serait-elle pas précisément la marque d’une vérité brute, d’une sensibilité intacte ?

En définitive, si je devais absolument choisir une étiquette, elle serait simplement celle de « curieux ». Curieux du monde, curieux des autres, curieux de moi-même. Cette curiosité sans cesse renouvelée, cet étonnement perpétuel face à la vie, ne sont-ils pas au fond la plus grande richesse de l’existence ?

Alors non, je ne suis probablement pas juste un blablateur. Je suis un chercheur, modeste mais passionné, qui refuse les frontières de la spécialisation forcée. Je suis, finalement, un éternel débutant. Et en cela réside peut-être ma plus grande liberté.



Lundi 24 Mars 2025


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