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La constitution a 14 ans, mais la politique est en crise d'adolescence




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En 2011, éclata ce qu’on avait appelé le printemps arabe, avec dans chaque pays une déclinaison particulière, des conséquences variées et des drames plus ou moins importants. Au Maroc, pas de drame mais l’expression d’un profond spleen de la jeunesse. Le Mouvement du 20 février était né, et il ne devait pas avoir une grande espérance de vie. Mais il aura permis au Maroc d’avoir une constitution tout à fait convenable. Quatorze ans après, la politique ne suit pas et la jeunesse a laissé tomber.

Durant toute cette période, de 2011 à 2025, la politique a connu des hauts et des bas ; en fait des hauts, puis des bas. La constitution – tout le monde s’accorde à le dire – est aussi avant-gardiste que moderniste ; elle confère plus d’attributions au chef de gouvernement, elle encadre les pouvoirs du roi, elle confie une plus grande place à l’opposition et elle consacre des organes de gouvernance. Et la boucle est bouclée, il faut juste le personnel politique adéquat.

Il appartenait donc, après cela, de mettre en place des chefs de gouvernement politiques. Le roi Mohammed VI, bien qu’aucun texte ne l’y oblige, s’est fixé la contrainte de désigner à la tête du gouvernement le chef du parti arrivé en tête. D’où M. Benkirane puis, suite au regrettable blocage de 2016-2017, son second dans le parti M. Elotmani ; et quand le RNI a emporté l’élection en 2021, c’est M. Akhannouch qui a tout naturellement été appelé à former le gouvernement. Où en est alors, aujourd’hui, la politique et l’adhésion à la politique, ou encore l’intérêt pour la politique ? La réponse est apportée par l’association Tarik Ibnou Ziad Initiative, ou TIZI.

Selon une étude récemment publiée par ce groupe, la part des jeunes Marocains de 18 à 34 ans inscrits sur les listes électorales était de 30% en 2011, baissant un peu à 27% en 2021, avant de retomber à 20% en 2024. En 2021, année de la triple élection, 54% des jeunes inscrits ont voté, plus qu’en 2016 (41%) et même 2011 (48%). TIZI explique le sursaut jeune de 2021 par des « campagnes modernisées, notamment via les réseaux sociaux, qui ont permis de mieux mobiliser la jeunesse ». Depuis, plus rien, et l’adhésion des jeunes à la politique recule.

Et TIZI, toujours, d’expliquer ce reflux et ce désintérêt par la méfiance envers la politique, la faible éducation civique, le chômage et la précarité et, surtout, le manque de confiance en l’efficacité du vote. Autrement dit, les gens, jeunes et moins jeunes, aiment qu’on leur parle, et abhorrent plus que tout de ne voir les politiques que durant la poignée de jours des campagnes électorales ; les jeunes et moins jeunes aiment qu’on leur explique ce qui se passe, pourquoi ça se passe, et comment on le dépasse. Cela est souligné par la constitution qui dispose que « les partis politiques œuvrent à l’encadrement et à la formation politique des citoyennes et des citoyens, ainsi qu’à la promotion de leur participation à la vie nationale et à la gestion des affaires publiques ».

Disons les choses clairement : autant Abdelilah Benkirane faisait de la politique et mobilisait les gens derrière lui, ou même face à lui, contre lui, autant l’attrait pour la politique a commencé à se tarir depuis 2017, à l’arrivée d’un Saadeddine Elotmani, sévèrement cornaqué par un RNI (déjà) conquérant. Durant ce second mandat PJD (on va appeler les choses comme ça…), le même RNI a déployé d’immenses efforts et a consenti de non négligeables investissements (on continue d’appeler les choses ainsi) pour attirer les jeunes vers les urnes et les faire voter.

Et le RNI n’a pas seulement gagné, il a submergé, étouffé, étranglé, écrasé les autres partis. On constate dans le monde que depuis 2010 environ, une élection, c’est de l’argent. Et bien, au Maroc, c’est pareil, et le RNI ayant beaucoup d’argent, il a récolté beaucoup de voix. L’investissement sur le numérique et les promesses chimériques furent payants…

Tout cela est globalement légitime et certainement légal (en l’absence de preuve contraire), mais le résultat est ravageur. Les réseaux sociaux, c’est d’abord de l’argent, et quand on a beaucoup d’argent, on réussit à force de flux et de flots d’infos à changer les réalités et les perceptions des utilisateurs de ces réseaux. On constate à cet effet que depuis une quinzaine d’années environ, avec l’explosion de ces réseaux, ce sont les plus riches et les plus présents sur la toile (ce qui revient au même), qui réussissent aux élections, appuyés et portés par leurs armées de trolls.

C’est cet état de fait qui a contribué à réduire les partis marocains à leur portion congrue, perdus dans ces nouvelles réalités numériques, abandonnés par leurs jeunes (en attendant leurs électeurs), écrasés par le RNI et les influenceurs bleus. Et bien qu’ils soient plus anciens, plus aguerris, plus expérimentés, les anciens partis du royaume en sont réduits à une attitude d’ado, dénonçant sans convaincre, se révoltant avec prudence, adoptant des attitudes de défis sans effets.

On comprend dès lors mieux la raison de la désaffection des jeunes de la politique, de leur désintérêt, voire leur méfiance pour tout ce qui est politique. Et 2026 approche à grande vitesse, sans indication sur d’éventuels changements avec les manières de faire de 2021. Devrait-on s’inquiéter de cela, du naufrage de la politique ? Oui.

Aziz Boucetta / panorapost.ma/



Jeudi 27 Février 2025


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