Quand le "moussalssal" de la dette devient digital : le Maroc adopte (enfin) le paiement fractionné
Et pourtant, pour nous, ce n’est pas vraiment une nouveauté. C’est presque une tradition. On a tous entendu au moins une fois : « khalli liya juj chihr dyal tasdîd » (laisse-moi deux mois pour payer). Sauf que cette fois, c’est encadré, structuré, et surtout, propulsé par une startup marocaine.
Cette startup, c’est Alya. Avec un nom court et percutant, elle vient proposer une solution qui bouleverse les usages, sans trop les choquer. Car au fond, Alya ne fait qu’adapter une pratique ancrée dans notre culture marchande : acheter maintenant, payer plus tard, sans passer par le crédit bancaire classique souvent redouté.
Dans les souks comme dans les grands magasins, le paiement en plusieurs fois fait partie des accords implicites entre vendeur et client. Sauf que là, Alya y injecte une technologie de pointe : algorithmes prédictifs, analyse de données en temps réel, et gestion intelligente des risques. Le tout sans intérêts ni frais cachés pour le consommateur. Cela paraît presque trop beau pour être vrai. Et pourtant, ça fonctionne. « Nous avons voulu une solution rapide, sans paperasse, qui rassure. Pas un parcours du combattant comme on en voit trop souvent », explique Brahim Zaid, le fondateur.
Du côté des commerçants, on ne cache pas l’enthousiasme. Qui dirait non à une hausse de 20 % du panier moyen ? En offrant la possibilité de payer en 3 ou 4 fois, sans crédit formel, on attire une clientèle plus large, plus audacieuse dans ses achats. Un lave-linge, un canapé, une assurance ou même une formation en ligne deviennent soudain plus accessibles.
Mais faut-il y voir un simple outil de croissance ou une incitation à la consommation sous tension ? Le modèle proposé par Alya a ses vertus : il digitalise une pratique familière, il s’appuie sur une logique de confiance, et il semble taillé pour l’économie marocaine. Pourtant, dans un pays où le pouvoir d’achat reste fragile et où le surendettement informel est une réalité silencieuse, on s’interroge : cette solution est-elle un baume ou un leurre ?
À première vue, le paiement fractionné digital s’inscrit dans la lignée des efforts pour favoriser l’inclusion financière. Mais soyons lucides : qui a un smartphone, une connexion stable, et une carte bancaire utilisable en ligne ? Une minorité. Pour l’instant, ce mode de paiement s’adresse surtout à une clientèle déjà connectée et relativement bancarisée. Il faudra surveiller si cette promesse de démocratisation des achats se confirme… ou si elle ne fait qu’accentuer la fracture numérique.
ENTRE DÉFIANCE ET CONFIANCE : QUAND LE CRÉDIT INFORMEL RENCONTRE L’ALGORITHME
Deux mondes que tout semble opposer : d’un côté, le crédit informel basé sur la parole, la proximité, la confiance humaine ; de l’autre, des algorithmes froids, des données analysées en temps réel, des seuils de risque calculés au centime près. Et pourtant, Alya réussit à les faire dialoguer. Comment ? En captant l’esprit du premier et en le traduisant dans la langue du second. Ce que personne ne relie habituellement, c’est la capacité du numérique à renforcer… le lien social. Dans ce cas, c’est exactement ce qui se passe : l’intelligence artificielle ne remplace pas la confiance humaine, elle la rend scalable.