Les boites à bébés!

03 octobre 2020 à 10h28 - 286 vues

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De quoi il retourne ?

 Une idée qui risque de repousser plus d’un : La boîte à bébé. Un euphémisme bien agencé, mais  qui renferme une malheureuse pratique : L’abandon de bébé. Oui mais un abandon légal, à décharge du parent. Loin des bennes à ordures, ou des trottoirs, témoins impassibles de bébés impuissants, souvent rattrapés par la mort. Pas plus loin que ce lundi 28 Septembre, la ville d’Azrou, fut témoin d’une scène macabre: Un bébé mort dans une décharge publique. Un bébé qu’on aurait pu arracher à la faucheuse, si notre pays, à l’exemple de l’Allemagne ou de la Belgique était doté de boites à bébés. Laquelle Belgique reçut ce 9 Septembre 2020, l’aval des autorités compétentes pour mettre en place ce dispositif sauveur de vies. L’Allemagne en compte des milliers. Le procédé est des plus simple : Tout parent désireux de se délester de son bébé, est prié de se rendre à l’endroit prévu pour cet effet, déposer son bébé dans une boîte, signer en toute discrétion une décharge, et faire son chemin. Toutefois, le parent en question, pourrait toujours revoir sa décision. Un délai de  trois  mois lui sera accordé au cas où il lui resterait un tant soit peu de cœur.

 Une réalité complexe

 On les entend qui crient à la décadence des mœurs ! à l’humain sordide ! Mais cela ne résout rien à l’affaire, tant la chose vit parmi nous. Quand bien même serions-nous dotés  d’un sens aigu de la pudeur, nous ne pouvons, face aux chiffres criards, garder une contenance stoïque. Le blâme comme résignation face aux sorts de ces jeunes pousses, sitôt nés sitôt morts, se doit être traduit dans les faits. En 2019, chaque jour nous réservait 24 bébés jetés aux poubelles. Gros chiffre avancé par la militante  Aicha Chenna, à la tête  de l’association solidarité féminine. Un chiffre recueilli par L’ONG, mouvement de la paix, lors d’une réunion.  Eu égard de notre culture, de notre système juridique, la complexité est double.  Car, nombre de bébés délaissés, seraient le fruit de relations extraconjugales. Laquelle relation est sanctionnée et par la loi, et par les mœurs. On en compte 50000 pour l’année 2018. Certaines femmes craignent pour leurs vies, se dérobent à la vue des proches, jusqu’à se libérer de ce que dans quelques bouches sonnent comme « Le fruit du péché ».

 Enfin, une loi !

 Si le mot « Association » ne peut échapper  à notre conduit auditif, comme une alternative perçue comme un moindre mal, nous objectons que ces femmes évitent d’emprunter le circuit associatif de peur d’être dénoncées à la police. D’autres rigoristes invétérés, aux idées arrêtées, inflexibles et de tout côté, refusent jusqu’à l’abord du problème. Ils ne tablent que sur la seule prévention,  la nécessité de sévir contre l’adultère. D’autres femmes adeptes du dicton « On fait ce qu’on peut, mais il y a la façon », Une option, qui pour certains serait d’un ordre esthétique, tant la mort est l’issue fatale, optent pour l’avortement clandestin. Au Maroc, on en compte entre 600 et 800 par jour. Les chiffres datent de 2019. Rappelons que l’avortement, fut-il sous conditions, et en ce cas légal, dut accuser, du fait des grincements de la machine juridique, et d’une certaine rigidité morale, un retard significatif. Si en 2015 le projet de loi a été adopté au conseil de gouvernement, il a fallu attendre l’année 2020 pour que la loi puisse enfin voir le jour. Une loi longtemps restée dans les tiroirs de l’hémicycle.  Une loi jugée partielle de par nombre de  féministes car celle-ci n’interviendrait qu’en cas de viol, d’inceste, de déformation du fœtus, ou de troubles psychiatriques de la mère. Un médecin de service, contacté par nos soins, nous fit part de l’angoisse qui  sévissait  le long de ce vide juridique. Quatre années d’une grande perplexité. Ce dernier, peiné, nous énumère le nombre de cas où  des médecins proches furent écroués  lors de l’exercice d’un avortement jugé légitime. Un avortement qui intervint suite à un viol ou à une malformation.

 Oui, mais pas assez !

 Certains acteurs associatifs, seringués aux libertés individuelles, à cheval sur le principe selon lequel, toute femme devrait disposer entièrement de son corps, se battent encore pour un avortement à la demande, défait de toute chaîne. Le moins que l’on puisse dire  est que le chemin est long, car nombre de pays Laïcs, au passé démocratique plus lointain,  se continue à se refuser à un avortement à tout va, où nul n’intervient. « Le droit à la vie » chapeaute toutes les constitutions des pays  à vocation démocratique, en l’occurrence, le Maroc. C’est l’article qui revient sans relâche dans les propos des antagonistes. Un article qui vient étayer l’approche de nombre de théologiens ou de politiques,  qui adoptent pour leur discours cette volonté d’appuyer la sacralité de l’ État de droit. Une constante à même de garantir une paix sociale, de conjuguer ouverture aux progrès et conservation du code morale. Car, si tant est que l’on soit tenté de marcher sur les pas d’un pays comme la  France, lequel pays autorise l’avortement tout le long des douze premières semaines de grossesse, l’on serait confronté à une constante religieuse qui démobiliserait  tout protagoniste et des plus vaillants. Car, selon l’Islam, le souffle de vie serait insufflé le 40ème jour qui suit la grossesse, et qu’un avortement pratiqué  au-delà de ce délai serait comparable à un assassinat. C’est dire que, compte tenu, du dogme religieux, la loi, comme confronté à un butoir, ne pourrait que se résigner.

 Contourner une fatalité ?

 Ainsi, débouchons-nous sur une fatalité qui emboite le pas à la prévention. Car, si l’interruption ne nous est pas acquise, au moins devons-nous  trouver une issue favorable pour le nouveau-né, le protéger des éventuels agissements de ces procréateurs. Notons, que dans certains cas, se défaire du bébé est le fruit d’une manigance bilatérale, plaidée à la fois par la mère et le père. Souvent évoquent-ils , pour maquiller leurs forfaits, des raisons économiques. Dans un rapport publié en 2019 par la Banque mondiale, 9 millions de marocains seraient pauvres ou menacés de pauvreté.  Une condition, jugée par certains comme étant une circonstance atténuante, mais pour l’ensemble, un préjudice de cette taille doit lourdement peser dans la balance des charges retenues contre les géniteurs. A défaut, d’une loi qui couvrirait une femme dite « pécheresse » d’une éventuelle sanction judiciaire, au cas où, celle-ci,  serait dénoncée aux services de la police pour dépôt de bébé auprès d’une association  . A défaut, d’une loi sur l’avortement, à l’éventail plus large, aux considérations plus « humaines », la boîte à bébé, moyen civilisé, à même de conserver des vies, peut représenter une douce transition vers un humain plus responsable.

 

Hicham Aboumerrouane

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