De l'argent facile?

04 octobre 2020 à 10h52 - 567 vues

Un marketing à gros sous !

 Le trading, ou la spéculation financière. Une activité qui brasse des victimes  en ces temps de crise . Le Maroc, mondialisation oblige, n’y coupe  pas.  Une agression publicitaire transperce nos réseaux sociaux. Un hurlement de promesses argentées, qui voudrait établir  votre indépendance financière. Cliquez, pour vous enrichir ! Si le propre du Marketing est de faire feu de toute fainéantise, la déguiser en vœu, là, il est, on ne peut plus dans son rôle. Le marketing aurait la patience de nos défauts. Le voilà qui engrange les petites volontés, grossies de la seule espérance : La facilité de s’enrichir. Une grosseur qui n’a d’égale que la machine lourde et publicitaire déployée sur YouTube. De gros sous, à même de monnayer le concours de l’acteur américain Alexander Baldwin. Lequel acteur s’échine à faire des coupes nerveuses et  multiples dans vos vidéos de prédilection. L’acteur de « Malice » vous rappelle votre coup raté. Celui de Google et d’Amazon. Des compagnies dont l’action coûtait peu, et qui vous coûte votre malheur à l’heure qu’il est, car si vous y aviez mis vos économies , vous seriez riche à présent . Mais Baldwin, insistant qu’il est, altruiste zélé, biberonné à l’éternel  amour du prochain, vous tend gratis une main de secours. Il vous vante les miracles de la plateforme d’un broker. Cet intermédiaire entre vous et la salle de marché. L’instantanéité de la démarche vous démange, vous y lorgnez un raccourci pour une retraite dorée, mais la vérité est autre…

 C’est quoi le trading ?

 D’abord, il faut dissocier bourse, et trading . La bourse est un investissement à long terme qui consiste en l’achat d’actions, ou de bons de trésors. Un actionnaire qui participe à la capitalisation boursière d’une société en détient de facto une part. En sus de cela, des dividendes lui sont versées à intervalles égales. Aussi, est-il important de souligner que l’actionnaire continue de disposer de ses actions peu importe leurs cours. Le cours avoisinerait la nullité que celui-ci reste en son droit de réclamer sa part. Le trading est autre chose.  c’est d’abord le court terme. Ça peut aller d’une exposition au marché de l’ordre de la seconde, une pratique appelée «  Le scalping » à une exposition journalière « Day trading », ou celle plus longue, comptez des semaines voire des mois, appelée  «  Swing trading ».  Une spéculation financière appliquée aux  actions, aux bons de trésors, aux métaux précieux, au pétrole, au marché des devises, lequel marché est le plus en vogue au Maroc . Un marché  appelé Forex ( Foreign exchange). Et nous en venons à la différence entre la bourse et le trading. D’abord, le trading le plus en vue, celui qui fait l’objet de publicités incessantes,   est celui des CFD ( Contract for Difference) ou Contrats sur la Différence. Le CFD est un instrument financier. C’est un produit dérivé , sous-jacent  d’un cours boursier. Supposons que le cours d’Apple est à 100 dollars, le sous-jacent utilisera cette même valeur, qui fera sitôt de se reproduire sur votre graphe boursier. Un graphe auquel vous accédez  via la plateforme que met à votre disposition votre courtier. Pourquoi ce sous-jacent est appelé contrat sur la différence ? Pour la bonne et simple raison que si vous êtes « haussier », en d’autres termes, si vous avez spéculé à la hausse, autrement dit, si vous estimez que le cours de l’action va monter, et que vous êtes acheteur,   supposé que  le cours augmente de 2%, vous êtes à 102 dollars, vous empochez les deux dollars de différence. D’où le nom de contrat sur la différence. Mais si par mésaventure, le cours baisse de 100 % vous vous retrouverez avec 0 dollars. En d’autres mots, rien du tout, contrairement à la bourse, où vous détenez toujours votre part, même si l’action vaut 0. Vous me direz que perdre 100 % d’un coup ne risque pas d’arriver si vite. Détrompez-vous, car le broker, met à votre disposition un effet de levier qui peut aller   jusqu’à 30 fois votre mise. Ce qui représente le maximum pour un broker régulé par l’autorité des marchés financiers du pays où il opère. Avant, les effets de levier allaient jusqu’à 100 ou 300, ce qui a attiré l’attention des régulateurs, et qui ont sitôt  mis un frein à ce gros multiple. Raison en est que de grosses pertes avaient été  encaissé par les traders amateurs. Vous avez compris, pour un effet de levier de 50, il se suffit que le marché bouge de 2% en votre défaveur pour que vous perdiez la totalité de votre investissement (50 qui multiple 2 qui donne 100 %) Notez que vous pouvez de même spéculer à la baisse, ainsi gagnerez-vous sur la différence si jamais l’action venait à baisser. Dans un langage plus technique, vous auriez fait ce qu’on appelle « Une vente à découvert ».

 Le trading, une arnaque ?

 Les chiffres officiels sont parlants, pour le trading CFD, neuf personnes sur dix perdraient leurs argents. Autre chose, pour les personnes, qui  l’emporteraient sur la foule, ceux-là ne gagneraient pas beaucoup. Il faut rappeler une chose de taille, dans un marché régulé, ce qui est perdu par l’un est gagné par l’autre, sauf que d’après le calcul des gains et des pertes, un gros pourcentage finirait dans la poche des brokers. Notons qu’un marché régulé est un marché où nos ordres sont exécutés  à la salle des marchés, et où le broker ne joue que le rôle d’intermédiaire, en échange d’ une commission sur chaque ordre. Ces brokers sont dits des brokers qui opèrent avec un A-book (Livre A) , des brokers honnêtes.  Pour le B-book (LIVRE B), Un trader joue contre son broker sans le savoir. Le trader pense être connecté à un compte réel, alors qu’il n’est, en réalité, que sur un compte de démonstration. Comment cela est-il possible ? Le broker, voyant que le trader n’a pas un bon niveau, ne passe pas ses ordres à la salle de marché, préfère jouer contre lui,  et encaisser ses pertes.

 Le trading, une science ?

 Beaucoup de traders, y compris, marocains, donnent des cours en ligne. Des cours d’analyse technique. Disons que pour un trader il faut à la fois maitriser et l’analyse fondamentale, et celle technique. L’analyse fondamentale est en rapport avec les informations  médiatisées. Des nouvelles en rapport avec la performance de telle ou telle société, d’une fusion, d’une scission, d’une augmentation de capital, du lancement d’un nouveau produit, d’une délocalisation etc… Comme ça peut être des nouvelles macroéconomiques telles que le PIB, l’inflation…Pour ce qui est de l’analyse technique, celle-ci consiste en l’analyse du graphe boursier. Des mécanismes sont mis en place par le trader tels que les moyennes mobiles, les indicateurs techniques qui permettent entre autres de voir si l’action est surachetée, ou survendue, si l’on reste haussier ou baissier, si le prix risque de faire une explosion à la hausse ou à la baisse, s’il y a une divergence baissière ou haussière, ce qui se traduit par une différence directionnelle entre le graphe des prix et l’indicateur, et qui annoncerait un éventuel  changement de tendance…Bref, une étude de l’action des prix.

Cela étant dit, le marché est maître. Car ce dernier obéit à la simple loi de l’offre et de la demande.  Et bien que ces outils puissent être utiles, cela ne permet que d’avoir une probabilité de gain qui soit plus importante que si l’on s’y aventurait sans y être préparé.  Certains brokers donnent la possibilité à leurs clients de copier les positions prises par le trader de leurs choix. Au Maroc, comme ailleurs,  on observe, sur des groupes Facebook, ce phénomène qui consiste à simplement copier les positions suggérées par un connaisseur.

Peut-on en vivre ?   

 D’aucuns pensent que si le trading permettait de gagner beaucoup d’argent, les dits traders ne perdraient pas leurs temps à faire des vidéos, à vendre des livres, à faire des formations en ligne. Certains traders particuliers, plutôt  franc jeu, avouent que le trading doit être exercé comme une activité parallèle et qu’il faut à coté avoir un revenu sûr. D’autres plus  aventuriers, avancent qu’il suffit d’avoir un capital important et d’apprendre à gérer son risque pour pouvoir vivre  du trading. Rappelons que le trading reste un métier à risque, et pour ne citer que le cas de Jérôme Kerviel, en 2007, travaillant pour le compte de la société générale, en France. Un trader professionnel, qui a connu des jours de grand succès avant qu’il perde 50 milliards d’euros. Il arrive que  les meilleurs  traders de la planète, et après des années d’expérience  perdent des sommes astronomiques. Pour cela, le trader débutant, doit redoubler de vigilance. Rappelons qu’en mois de juillet 2020, un jeune étudiant américain s’est donné la mort après avoir perdu l’équivalent de 730000 dollars.  

 Les méfaits de la spéculation

 Certains économistes voient d’un très mauvais œil  le monde de la spéculation, ou plus généralement celui de la bourse. Pourquoi ? celui-ci ne traduirait pas toujours les performances réelles d’une telle ou telle compagnie. Ce qui non seulement peut fausser l’estimation réelle, mais aussi créer ce qu’on appelle une bulle financière. Pour faire court, en un exemple simple, s’il advient que des compagnies, des banques   soient surestimées  sur le plan boursier, et qu’il s’avère, suite à un audit que leurs performances réelles soient  drastiquement décalées  par rapport à leurs cours, on peut  connaitre ce qu’on appelle  un crash boursier. Ce dernier entend que la bulle a été crevée, suite à la situation réelle, et que les actionnaires se débattent pour se débarrasser   de leurs mauvaises  actions, dont le cours baisse très rapidement. En gros, quand la finance n’est pas le reflet de l’économie, on court à la catastrophe. Rappelons le crash boursier  de 1929, ou celui de 2008. Sauf qu’en 1929, l’État  américain avait décidé de ne pas venir en aide aux banques, ce qui a mis le pays dans une récession sans précédent. Alors qu’en 2008, et pour ne pas reproduire l’erreur de 1929, on a procédé à ce qu’on appelle du «  quantitative easing », un procédé qui consiste à faire tourner la planche à billets, renflouer les salles de marchés, et surtout ne pas laisser tomber les banques, motrices de l’économie.

 Hicham Aboumerrouane

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