TABLEAU DE BORD STRATÉGIQUE : DÉPENDANCE ALIMENTAIRE ACCRUE

18 novembre 2020 à 15h46 - 70 vues

Les Marocains sont mieux nourris qu’auparavant, mais dépendent plus de l’extérieur pour remplir leurs assiettes. L’aggravation du déficit en eau rend les choses encore plus malaisées.

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Pas de faim

L’Institut Royal des Etudes Stratégique vient de publier la 8ème édition son Tableau de bord stratégique, dans le cadre de son suivi du positionnement international du Maroc. Couvrant dix domaines de veille stratégique, à travers 200 indicateurs, ce rapport offre une vision globale qui permet de mieux évaluer le présent et prospecter l’avenir.
Parmi les aspects les plus inquiétants de la situation actuelle et future du Maroc, que l’on peut relever à la lecture dudit rapport, la question de la sécurité alimentaire, définie comme étant « la possibilité physique, sociale et économique de se procurer une nourriture suffisante, saine et nutritive permettant de satisfaire les besoins et préférences alimentaires pour mener une vie saine et active » (Comité de sécurité alimentaire mondial).
Avec un indice de 8,9%, le Maroc se positionne parmi les pays ou le problème de la faim est considéré comme « modéré », en notant au passage que cet indice ne couvre pas la malnutrition, aussi appelée la « faim cachée ». Comme cet indice est en amélioration, il était de 15,5% il y a vingt ans, il y a tout lieu de s’en féliciter. Le volet relatif à la dépendance alimentaire vient, toutefois, tiédir cette satisfaction.

Forte dépendance

Durant le quinquennat 1963-1972, la dépendance du Maroc aux importations de céréales était de 14%. Depuis lors, ce déficit d’un produit de grande importance dans les habitudes alimentaires des Marocains (200kgs par habitant et par an, soit trois fois la moyenne mondiale) va se creuser de manière continuelle, passant à 31,8% (1983-1992), puis à 42,3% (1993-2002), 42,9% (2003-2008) pour se chiffrer à 40,5% (2009-2019).
La culture céréalière accapare les trois quart de la surface agricole utile, mais représente à peine 10 à 20% du Pib agricole, suivant le volume des précipitations pluviométriques.
Autre produit alimentaire très consommé par les Marocains, le sucre, dont la dépendance à l’approvisionnement extérieur a connu une évolution plus contrasté. Il y a plus d’un demi-siècle, le Maroc importait 71% de ses besoins en sucre.
En 1983-1992, ce taux s’est amélioré, baissant à 37%, avant de se remettre à hausser de nouveau, à 46,6% (1993-2002) pour atteindre 56,6% en 2009-2019. Le recul dans la couverture des besoins du marché local est saisissant. L’IRES l’explique par une atomisation de la superficie cultivée en betteraves à sucre.

Déficit hydrique

Face à cette incapacité de la production locale de couvrir les besoins des Marocains en produits alimentaires de base, forçant le recours grandissant aux importations, il est possible d’arguer d’un réajustement de la politique agricole afin de remédier à l’actuelle situation. Sauf que la question des ressources en eau vient refroidir ces ambitions.
De 1047m3 par habitant et par an, en termes de disponibilité hydrique, le Maroc a vu cet apport naturel dégringoler à 600m3 présentement. L’agriculture qui absorbe 87% des ressources hydriques ? C’est le cas depuis 30 ans, parce qu’aucun effort sérieux n’a été consenti pour mettre fin au gâchis.
Vu les immenses efforts consentis dans la mobilisation des eaux de surface, cette judicieuse politique a, cependant, atteint ses limites et il n’y a plus grand-chose à en espérer. Il ne reste plus qu’à dessaler de l’eau de mer, ce qui nécessite de l’énergie. Ce sera là le sujet du prochain article exploitant les précieuses données contenues dans le rapport de L’IRES.

Ahmed NAJI/Arrissala/L’ODJ

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