RABAT-NOUAKCHOTT : L’AXE ALMORAVIDE

21 novembre 2020 à 11h05 - 83 vues

Le Roi Mohammed VI a invité le président mauritanien, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, à venir en visite au Maroc et exprimé sa disposition à en faire de même. Les prémices de l’émergence d’un axe Rabat-Nouakchott ?

Comme à Zouirat

La conversation téléphonique qu’a eue, vendredi, le Roi Mohammed VI avec le président de la Mauritanie, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, est la 2ème gifle assenée aux polisariens, à une semaine d’intervalle. Beaucoup moins spectaculaire que l’opération des FAR à Guergarat, cet échange entre les deux chefs d’Etats maghrébins n’en est pas moins plus déterminant.
Les polisariens ont toujours énormément misé sur les liens tribaux avec l’ethnie dominante au nord de la Mauritanie, sans se rendre compte qu’à force de les tendre, ils ont fini par les rompre.
A l’automne dernier, les autorités mauritaniennes ont décidé de construire un mur de défense autour de la ville minière de Zouirat, sur le modèle marocain, pour se prémunir contre les bandes de narcotrafiquants polisariens bénéficiant de liens tribaux chez le voisin du sud.

Point d’inflexion

Trafics en tout genre, rapts et maltraitance de citoyens mauritaniens, Nouakchott a fini par en avoir assez de l’insécurité que font régner les bandes polisariennes à ses confins nord et l’ont même clairement signifié à Alger. Mais comme les dirigeants du pays voisin de l’est vivent dans une dimension temporelle ou la réalité, dans sa dynamique évolutive, n’est pas perçue, peu leur importaient les conséquences du blocage du trafic commercial routier à Guergarat sur la Mauritanie, tant que ça porte nuisance au Maroc.
Grave erreur. Il est, peut être, trop subtil pour l’esprit des dirigeants algériens que les seules habitudes alimentaires des Mauritaniens constituent un facteur non-négligeable dans la perception géopolitique des relations dans l’occident du Maghreb. Personne n’accepte d’être coupé de son potager, surtout quand c’est meilleur marché qu’auprès d’autres fournisseurs potentiels.

Touche pas à mon porte-monnaie

L’argent n’est pas seulement le nerf de la guerre, mais aussi et surtout celui du fonctionnement de tout Etat. Priver la Mauritanie des recettes douanières provenant du poste frontière PK55, celui qui fait face au poste marocain de Guergarat, était également une très mauvaise idée exécutée par les mercenaires polisariens d’Alger. Le « frère », c’est celui avec qui on fait des affaires, pas celui qui inflige des pertes.
Les récents évènements de Guergarat ont permis de mettre en évidence l’importance de cet axe routier non seulement pour le Maroc et la Mauritanie, mais également pour les pays de l’Afrique de l’ouest. Leurs marchés ont également été privés d’approvisionnement en produits maraîchers marocains et leurs camionneurs étaient aussi bloqués à Guergarat, quand les polisariens y sévissaient.

L’héritage almoravide

L’axe Guergarat-PK55, qui ne fait pas plus de 4kms, prolonge en fait l’axe Tanger-Rosso (sud de la Mauritanie, aux frontières avec le Sénégal), long de quelques 2.900kms, dont la continuité naturelle va de Lagos, au Nigéria, jusqu’en Europe.
Pour les Marocains et les Mauritaniens, les deux héritiers du mouvement Almoravide, ce n’est pas sans rappeler quand leurs aïeuls vivaient du commerce transsaharien. Traduit au langage de l’époque actuelle, une coopération encore plus renforcée et diversifiée entre le Maroc et la Mauritanie s’inscrirait dans la création d’une chaîne de valeurs régionale, telle que ce modèle semble s’imposer dans la restructuration géoéconomique du monde post-Covid.

Bravo Alger et merci, d’une pierre, plusieurs coups.

Ahmed NAJI/Arrissala/L’ODJ

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