Comment le Maroc peut faire face au stress hydrique ? 

21 novembre 2020 à 18h51 - 167 vues
Le Maroc va-t-il manquer d'eau ?
Avec le stress hydrique qui va fatalement s'accentuer  vu le changement climatique en cours , une révolution culturelle est indispensable en ce qui concerne la gouvernance et le comportement des citoyens vis à vis de la question de l'eau.
Certes , le Maroc est un pays semi-aride avec des sécheresses chroniques et une désertification rampante , aussi la rareté des ressources en eau ne doit-elle plus être considérée comme une donnée conjoncturelle , mais plutôt comme structurelle . 
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En temps de crise, puisque nous sommes presqu 'au seuil de la guerre de l'eau , la première mesure serait de " punir"  et faire payer les gaspilleurs et les pollueurs et puis taxer les gros consommateurs .
Ce qui n'est absolument pas le cas actuellement puisque notre pays continue de subventionner la consommation d'eau des exportations agricoles malgré les dégâts occasionnés aux nappes phréatiques et les dommages qui s'en suivent pour les petits agriculteurs ou les moyennes exploitations. 
De ce point de vue, une restructuration de la question de l'irrigation dans notre pays est absolument vitale dans le sens de l'optimisation, de l'innovation technologique et surtout de l'équité sociale
Ceci, car aujourd'hui il est possible de faire de l'agriculture intensive en optimisant au maximum et sans faire de l'ombre à l'agriculture paysanne. 
Le stockage des eaux usées est d'une exigence absolue ..
Se tourner vers les sources non-conventionnelles est également une option incontournable car les eaux usées , domestiques ou industrielles ont  cette qualité d'être produites en permanence . D'où ,  la nécessité d' institutionnaliser le stockage systématique et de mettre les communes, les groupes industriels et hôteliers devant leurs responsabilités en ce qui concerne le stockage et le traitement des eaux usées afin de réduire la nuisance polluante à la source , au lieu de lâcher dans la nature de la pollution liquide.
Il s'agit d'une ressource produite en permanence et qui doit être réutilisée après traitement. 
Il est devenu indispensable d'imposer des normes aux industriels et des standards aux groupes touristiques  et hôteliers , car aujourd'hui tout est laissé au bon vouloir de ces derniers.
Inutile de vous souligner qu'un touriste consomme chaque jour dix fois la consommation d'un citoyen , et que certaines unités industrielles engloutissent d'incroyables quantités d'eau potable et déversent des eaux hautement polluées et non traitées.
Certes, de grands efforts ont été déployés par notre pays en matière de construction de stations de traitement . Mais, il reste encore beaucoup à faire .  
Le droit à l'eau , le droit à la vie! 
Depuis le temps que les Nations-Unies oeuvrent pour les objectifs du millénaire pour le développement et que l'Unesco a institué la décennie du droit à l'eau , il faut dire que le Maroc a perdu énormément de temps vu le manque de coordination entre les départements concernés , et la complexité de la coopération transversale entre agences . 
Par exemple , que sont devenues les recommandations du Conseil National de l'eau qui se réunit une fois par an et quelle suite leur ait donné par des départements comme le Haut Commissariat aux Eaux et forêts, le Secrétariat d'Etat de l'Eau et le ministère de l'environnement et du Développement Durable ..
En vérité, notre pays a été à l'avant-garde en matière de construction de grands et petits barrages , ainsi qu'en matière de transferts régionaux basés sur le principe de solidarité entre régions, mais la question qui fâche demeure celle de la répartition des richesses. 
Même si l'option privilégiée par nos décideurs semble certainement celle du dessalement de l'eau de mer avec la prochaine construction d'une méga-station à Dakhla , il ne faudra surtout pas négliger les petits projets, nettement moins coûteux que le dessalement,  à grande valeur ajoutée à l'échelle locale. A ce sujet, notons l'apport que peuvent apporter les énergies renouvelables aux projets portant sur l'hydraulique.
Par exemple , si rien n'est fait du côté des Oasis du Sud ce sont des centaines de milliers et peut-être même des millions de personnes qui seront fatalement condamnées à émigrer vers le Nord du Maroc. 
En conclusion, pour terminer , le grand défi qui  se pose au Maroc est celui de la réutilisation des eaux usées , après traitement spécifique, dans l'irrigation et l'arrosage des espaces verts dont les terrains de golf et de football, afin d'imperativement économiser l'eau potable , dont le coût de production est assez élevé .
Et puis , surtout, la question de l'eau est un facteur de stabilité et de paix sociale.
Hafid Fassi Fihri / Arrissala / L'ODJ

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