Caricatures du prophète : Faux débat et vraies querelles

25 octobre 2020 à 09h47 - 255 vues

« Nous ne renoncerons pas aux caricatures, aux dessins » a tenu à faire savoir le président français, Emmanuel Macron, lors de la cérémonie d’hommage rendu à la Sorbonne au professeur décapité par un réfugié tchétchène de 18 ans acquis à l’idéologie islamiste. « Nous boycotterons les produits français » a-t-on répondu, en réaction, dans quelques pays musulmans du Moyen Orient (Turquie, Iran, Jordanie…). Des deux côtés de la Méditerranée, on semble décider à donner raison à la théorie de Samuel Hutington sur le choc des civilisations.

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Le blasphème comme culture

Blasphémer n’est pas un délit dans les pays occidentaux, c’est un fait que l’on peut déplorer, mais ne sûrement pas ignorer. A voir le traitement réservé par quelques caricaturistes à Jésus de Nazareth dans ces contrées pourtant de tradition chrétienne, on ne peut s’empêcher de constater que la laïcité en Occident, qui n’est normalement que séparation de l’Etat et de l’Eglise, se traduit par des postures anti-religion aussi enragées que celles, inverses, des croyants radicalisés.

La laïcité est devenue religion en Occident, est en tant que telle, jalouse de son monopole sur les esprits et féroce envers la concurrence. Elle dispose désormais aussi de sa propre inquisition, les curés de l’athéisme ayant pignon sur plateau de télévision, prononçant des sentences de mise à mort sociale contre tous ceux qui osent défendre leurs valeurs « traditionnelles », droit à la vie, famille hétérosexuelle, respect de la sacralité… C’est la notion même du sacré qui est dépeinte comme veillotte, dépassée, que l’on veut rendre répulsive.

Réactions d’incompréhension

De ce côté-ci de la Méditerranée, le religieux jouit encore pleinement du droit de cité, et c’est non sans effarement que les Musulmans voient les Occidentaux piétiner symboliquement les fondements de leur propre (ancienne) foi religieuse et ne pas se gêner, non plus, avec celle des autres. Non seulement blasphémer est toujours prohibé dans les pays musulmans, même par les législations de droit positif qui les régissent actuellement, mais l’on s’étonne que des caricaturistes occidentaux prennent tant de plaisir à railler des personnages religieux qui ne relèvent même pas de leur sphère culturelle.

A y regarder de plus près, l’assassinat du professeur français d’histoire est une affaire terroriste, le coupable a été abattu, sept autres personnes ont été arrêtées et sont poursuivies dans le cadre de cette triste affaire. L’amplification médiatique de l’évènement, qui met l’accent sur l’aspect religieux, cherche surtout à cacher l’incompétence des services de renseignement français. Des radicalisés du genre de ce jeune tchéchène, il y en a encore plus dans les pays musulmans. Ils y sont surveillés et les services de sécurité, comme ceux du Maroc, veillent toujours à les appréhender avant qu’ils ne passent à l’action. Les imams des mosquées sont également correctement formés pour diffuser les vraies valeurs de l’Islam, faisant ainsi barrage à la propagande takfiriste.

En fin de compte, les réactions des uns et des autres s’inscrivent parfaitement dans la stratégie des terroristes, créer un climat malsain entre les différentes cultures et une ambiance de tensions entre les nations.

C’est justement le piège à éviter.

Ahmed NAJI

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